Ca y est, on s’enfile tous les deux dans un taxi depuis le bureau de Gaëtan et c’est parti ! L’aéroport n’a maintenant plus de secrets pour nous, c’est facile et très rapide, ils ont juste la fâcheuse habitude d’afficher les vols en « last call » même s’il reste encore une bonne demi-heure avant l’embarquement (alors ne vous alarmez pas quand vous viendrez nous voir). Notre vol Jet Star est plein, c’est l’une des nombreuses compagnies locales du style Easy-Jet. Arrivés à Phnom Penh, la capitale du Cambodge, nous sommes accueillis par le chauffeur de notre « guesthouse » Il fait déjà nuit, et le passage des véhicules soulève une poussière qui ressemble à de la brume. Cela donne une ambiance encore plus mystique à ce que nous parvenons à apercevoir à travers les fenêtres. Sur le bord de cette longue route droite, des habitations de fortunes, des enfants qui trainent dehors pied-nu et un regroupement d’étalages à un moment donné : le marché de fruits. Nous dépassons vélos et motos qui transportent jusqu’à 2 adultes et 2 enfants ; tous sans casques, mais certains avec des voiles pour ne pas avaler trop de poussière. Premiers pincements de cœur. Cela me fait penser vaguement à l’Espagne que j’ai connue dans mon enfance, avant l’essor qu’elle a connu grâce à l’Union Européenne. Et je commence à réaliser que la situation est véritablement critique ici, même dans la capitale. La voiture s’enfile à présent dans un quartier où maisons « de luxe » et « chabolas » se côtoient, c’est justement là que se trouve le Boddhie Tree Del Gusto, aux allures de petit havre de paix. Il s’agit d’une de ces belles maisons entourée d’un petit jardin dans lequel se trouve une partie du restaurant. Notre chambre est grande, la décoration est simple mais elle nous plaît. A noter : la moustiquaire au-dessus du lit et la salle de bain qui est en fait une salle d’eau (pas de séparation pour la douche…). Nous posons nos affaires et ressortons dîner. Mon amie Bhav m’avait dit que c’était très bon ici, alors essayons ! En effet, le cocktail de fruits est exceptionnel (j’ai bien noté les ingrédients, à refaire à la maison). Un de mes cousins vient de faire un séjour ici, il faut vraiment se méfier de la nourriture, surtout de ce qui n’est pas cuit. Nous mangeons des fajitas aux légumes cuits, mais laissons le lit de salade. Nous dînons en bas, mais le petit restaurant continu au premier étage, dans un joli décor qui rappelle le style colonial. Une fête s’y tient… justement pile en dessus de notre chambre (…). Ensuite, tant bien que mal, j’arrive à convaincre Gaëtan de faire un tour en « tuc-tuc » pour découvrir le centre-ville de nuit… la fête bat encore son plein, allez !!! Heureusement, tous les tuc-tucs sont motorisés ici, cela enlève certainement du charme, surtout que les bruits de moteurs sont très forts vu leur ancienneté et qualité, mais je préfère pour la condition des chauffeurs. Nous négocions un tour d’une demi-heure, et c’est parti… un peu crispés tout de même, surtout après avoir vu un rat (aussi gros qu’un chat) longer le bord de la route presque aussi vite que nous ! Nous découvrons ainsi les principaux monuments, ainsi que les bords du Mékong avec ses cafés et restaurants touristiques certes, mais qui ne nous inspirent pas une très grande confiance encore. Petit tour du côté du marché central, fermé, et d’où émanent des odeurs d’égouts indescriptibles… cela vous prend par l’estomac. Retour à notre « guesthouse », heureusement le bruit est terminé. Nous nous aspergeons d’anti-moustique et installons notre moustiquaire, c’est drôle de dormir là-dessous, ça me rappelle quand on jouait à construire des tentes avec les rideaux de mon frère… Mon coussin est un peu dur, mais nous nous endormons bien vite autour des 23h.
Seulement… vers 5h du matin, un coq se met à chanter, comme si rien n’allait l’arrêter, et dès 7h, le personnel s’active pour ranger remettre la pièce d’en haut en l’état. « C’est fini, oui ?? » Ils déménagent les meubles d’un bout à l’autre de la pièce, parlent entre eux, et leur ménage dure près d’une heure, soit jusqu’à ce qu’on décide de se lever… « Vous avez bien dormi ? – « C'est-à-dire que… ». Et notre guide alors, quand vient-il ? On dirait que le mot « guide » est étranger de leur vocabulaire, tellement ils nous font des yeux ronds à l’écoute de ce mot. « Allons, bon, on ne vous a pas mis au courant ? Puis-je parler au propriétaire ? » Il est espagnol, on arrivera mieux à se comprendre. Soit disant, nous n’avions pas réservé, mais pas de soucis, ils vont faire le nécessaire pour nous en avoir un dans une demi-heure. Au passage je me renseigne sur les prix de tuc-tucs et comprend ainsi que nous nous sommes bien fait avoir la veille. Le temps qui reste nous laisse le temps de finir tranquillement le petit déjeuner et de nous préparer. Voici enfin notre guide, Tek, nous négocions notre moyen de transport et partons direction le musée du Génocide. C’est une ancienne école qui a servi de lieu de détention et de torture. A l’entrée des mendiants nous abordent, ils ont au moins un membre en moins, quand ce n’est pas la figure complètement détruite par l’explosion d’une mine. Cela vous retourne l’estomac, il faut dire que la télévision blinde un peu contre ces horreurs à force d’en montrer autant, mais quand on les voit en vrai devant soi, c’est autre chose. On commence à imaginer les atrocités de ce régime, qui a ravagé le pays il y a moins de 30 ans. Le guide nous emmène dans la cour et nous fait asseoir sur un banc ombragé pendant que lui commence à nous raconter cette partie de l’Histoire du Cambodge à travers son vécu : l’évacuation de la ville, la déportation à plus de 200km de la capitale, tout ça à pied et en plein soleil (46°C en avril), les enfants épuisés qui pleurent, les fusillades sur ceux qui ne peuvent plus avancer ou refusent d’obéir, la séparation des membres de sa famille, puis les travaux forcés et la faim. Malgré le temps qui a passé depuis, et le nombre de fois qu’il a dû raconter cette histoire, il me semble qu’à certains moments sa gorge se serre encore, notamment quand il parle de sa famille : le regard de son père quand il doit quitter la famille, le jour où il revoit sa sœur sans pouvoir lui parler, quand sa mère meurt… terrible, surtout quand on pense qu’il a exactement l’âge de mes parents, et que ça continuent ailleurs dans le monde. La visite des lieux avec ses instruments de tortures, photos et images relatant les supplices se fait ensuite dans un quasi silence.
La suite c’est le marché « russe », qui n’a aucun produit russe contrairement à ce que son nom laisserait entendre. Le guide voulait nous laisser faire nos achats tranquilles, mais pas question : son aide nous sera bien trop précieuse dans ce labyrinthe ! On y ramènera une cravate à éléphants pour seulement 3USD et un éventail à 1 USD, mais sinon c’est un peu comme à Singapour : trop de choix tue le choix. Pour déjeuner, nous tenions à essayer « Friends », un restaurant qui héberge et forme des enfants des rues aux métiers de la restauration. Il parait que la cuisine est adaptée aux nécessités des touristes : soit glaçons et lavage des fruits et légumes à l’eau minérale notamment. Nous nous reposons sur une agréable terrasse et discutons avec notre voisin, un jeune français travaillant pour Accenture et venu enseigner pendant deux semaines les rudiments d’un bon CV et les secrets d’un entretien d’embauche réussi aux jeunes cambodgiens de la capitale. Aujourd’hui il a congé et visite comme nous. Direction ensuite le musée national, dans lequel notre guide n’a pas le droit de nous accompagner. C’est bon à savoir !!! Nous y découvrons bon nombre de statues, dont certaines viennent du site d’Angkor. Puis c’est la visite des bâtiments officiels qui composent l’ensemble du Palais Royal. C’est très beau et impressionnant. Le roi est probablement dans l’enceinte également, et il paraît que s’il désire se promener dans son parc, il fait évacuer les lieux immédiatement et sans explications. Heureusement que l’envie ne le prend pas ce jour là ! La Pagode est le lieu de recueillement des cambodgiens bouddhistes, ici il y en a une dont le sol est entièrement recouvert d’argent. Du moins d’après les dires, car les nombreux tapis qui servent à protéger ce matériel laissent à peine entrevoir certaines dalles. Nous terminons la visite guidée par la visite d’un lieu sacré non loin de là : le Wat Phnom. Au pied de cette colline se trouve une horloge fleurie, un peu plus grande, mais « évidemment » pas aussi belle que « la nôtre ». Des singes envahissent le parc, et nous prenons un peu le temps de les observer. C’est fou ce qu’ils ressemblent à des êtres humains. Les petits sont très coquins, et il faut vraiment se méfier de ces voleurs paraît-il. De retour à l’hôtel, nous décidons de dîner là encore, cette fois à l’étage. Je vérifie la confirmation de notre voiture avec chauffeur pour le lendemain, qui doit nous transférer à Siem Reap. Ca a l’air compliqué, mais on m’assure que tout est organisé. Quelques instants plus tard, on frappe à la porte, celui à qui j’ai parlé avant au téléphone, et qui avait répondu « yes, yes » quand je lui avais demandé s’il était notre chauffeur, se présente à nous pour être payé d’avance. Il nous explique qu’il a déjà dû débourser les 75USD, car soit disant en ces périodes de fêtes, il est difficile de trouver quelqu’un. Ca sonne très louche tout ça… je lui redemande des explications, bien prête à ne pas céder. Et effectivement je tiens ferme, on payera avec la facture de l’hôtel comme convenu initialement. Après le repas, Gaëtan demande à voir la facture totale, et annonce le payement pour le lendemain vu qu’il faudra encore rajouter le petit-déjeuner. Pour vérification, nous parlons de payement visa. En effet, nous avons demandé ce matin au propriétaire s’il était possible de payer par carte et celui-ci a répondu par l’affirmative. Ce mot non plus ils n’ont pas l’air de le connaître ici, tout comme « guide ». Ca commence à m’énerver ! Désolés les amis, vous nous auriez dit plus tôt, on se serait arrangés. Ah, il n’y a pas de terminal à cartes ici ? Tant pis pour vous, on veut bien se déplacer à un autre Boddhie Tree, mais on payera par carte, ça c’est sûr ! Le jeune homme nous assure qu’il laissera la facture et les instructions à son collègue. On n’y croit pas trop, mais bon. La chaleur était étouffante aujourd’hui, nous sommes déjà bien fatigués et demain nous avons plus de 300km en voiture… une bonne nuit fera l’affaire !
Sauf que nous avions oublié ce cher coq et que le remue-ménage à l’étage dès 7h n’est pas moindre que la veille, décidemment… bon, allons petit-déjeuner, il y aura sûrement des complications avec la facture et le chauffeur. Effectivement le jeune-homme n’est soit disant pas au courant d’un payement par carte, et surtout son collègue ne lui a pas laissé de facture. Il faut qu’il la fasse à la main. Il insiste pour un payement en espèces et semble fuir la discussion, c’est un peu pénible à la longue. Mais on y parvient… sauf qu’il manque la moitié des frais sur la facture. Je tourne les feuilles de son cahier avec lui et lui montre le reste des choses à mettre… puis c’est parti, le chauffeur lui était là, et semble très gentil. Direction l’autre « guesthouse » pour le payement donc. Il manque toujours quelque chose : le petit déjeuner de ce matin. « Merci de nous le faire remarquer, c’est cadeau pour vous ». Ah… ca c’est mieux ;-) En me retournant, j’aperçois le garçon de l’hôtel qui semble payer notre chauffeur… décidemment ces bobards !!! La route est longue, mais bien plus confortable pour nous que pour la plupart des voyageurs, souvent en motos ou entassés sur des 4x4 et camionnettes, en plein soleil. La route, goudronnée mais assez bosseuse, est bordée d’habitations en tôle avec points de ventes, ou de vendeurs ambulants. Quelle pauvreté ici aussi ; quelle chance nous avons. Les rideaux de nos fenêtres nous protègeraient-il des curieux, ou nous garderaient il de la réalité ? Le voyage passe assez vite finalement, et au fur et à mesure que nous avançons, les maisons sont en bois recouvertes de toits de chaume, puis en toit dur, certaines même avec des fenêtres et finalement certaines avec un premier étage en brique. Beaucoup sont sur pilotis, c’est la première fois que je vois ça ! Dès l’entrée de Siem Reap, nous constatons que cette ville doit beaucoup au tourisme. Ici il y a des espaces verts au centre-ville, les bâtiments sont mieux entretenus – et il y a surtout de très nombreux hôtels imposants. Le nôtre est à l’opposé, soit à 5 minutes du petit aéroport et en face de l’hôpital international (c’est rassurant !!!), on dirait un petit havre de paix. Derrière les enceintes, quelques petites maisons à deux étages entourent une piscine. Il s’agit d’un « boutique-hôtel » de 12 chambres. L’accueil est chaleureux, l’accent fort et on les comprend à peine. Notre chambre n’est pas prête, allons déjeuner au bord de la piscine. Entrecôte Maître d’Hôtel avec pommes frites maison et jus de fruits… pas besoin de vous en dire plus… La chambre est très belle, au deuxième étage, on se change vite pour profiter du reste de la journée. Gaëtan nous organise une petite excursion, je n’écoute pas vraiment à vrai dire, il y a une histoire de crocodiles… « Oui, oui, tout me va ». Et c’est parti en tuc-tuc, apparemment c’est assez loin. Nous retraversons la ville en sens inverse, la route continue sur quelques km, puis nous empruntons une piste au bord de laquelle il y a de nouveau des habitations locales. Un car de touristes me rassure inconsciemment… mais nous nous éloignons de plus en plus. Soudain on s’arrête, le moteur a un problème, il faudra continuer en moto… très vite deux motards arrivent, ils ne parlent pas anglais, mais notre chauffeur a l’air rassurant. Oh, et puis chouette en moto c’est même plus drôle. Pourtant le chemin commence à être un peu long à mon goût ; en fait je ne profite pas vraiment de la balade qui ressemble plus à du motocross qu’autre chose. En effet, c’est quand même un peu louche cette histoire de tuc-tuc en panne, avec les motos qui étaient à disposition si rapidement (moins de 5 minutes dans un endroit un peu perdu), et puis j’ai les crocodiles en tête, et qui dit crocodile dit étendue d’eau, or la mini rivière que nous longions a disparu à présent, et je ne vois rien à l’horizon. La moto de Gaëtan s’éloigne devant. Je me dis que si je crie il ne m’entendra probablement pas avec le bruit des moteurs. De son côté, il n’est pas tellement plus rassuré non plus… Après bien 30 à 40 minutes, nous arrivons pourtant au bord d’un courant d’eau, au bord duquel sont attachés quelques bateaux vétustes, c’est là que je commence seulement à prendre du plaisir, car je me dis qu’ils auraient des moyens bien moins coûteux de nous enlever, et ca commence à ressembler à ce que j’avais en tête. Gaëtan regarde d’un moins bon œil ces embarcations. C’est vrai qu’elles sont vielles, qu’il s’agit de montages locaux : le moteur qui a dû servir à bien d’autres choses avant, le volant de camion avec son fil métallique relié au safran en lieu et place d’un gouvernail… et les sièges simplement posés sous la toiture. Les gilets de sauvetage à chaque dossier se veulent rassurants mais me font presque un peu rire. Assise à côté de Gaëtan, nous partons accompagnés de nos deux mousses et de deux passagers locaux. Car en fait, ces deux derniers se rendent à leur village… et c’est là, la surprise ! Quelques 10 minutes plus tard, la fin d’un tournant découvre un spectacle inattendu : un véritable village flottant avec des habitants qui s’arrêtent dans leurs tâches pour nous observer et nous saluer. On est bouche- bée devant ce spectacle, même si les conditions de vie sont rudimentaires, le village a beaucoup de charme et les gens ont l’air si gentils… Nous débarquons nos accompagnateurs, et c’est parti pour le lac cette fois, une étendue d’eau à perte de vue, avec à peine quelques modestes embarcations en plus de deux autres bateaux à touristes comme le nôtre. Le coucher de soleil est imminent, nous faisons quelques photos et nos deux mousses se font aussi discrets que possible. Qu’ils sont chou… « Mais, au fait chouchou, tu penses que ça pendra combien de temps jusqu’à ce qu’il fasse complètement nuit ??? Let’s go !!! – Non, regarde, il y a la pleine lune, ne sois pas trop stressé, je pense qu’il ne fera pas nuit avant une bonne heure, et il ne fera pas si sombre que ça ». Mais c’est vrai que ce n’est pas si rassurant de nous savoir si loin de l’hôtel, dans un endroit perdu et de surcroit avec un tuc-tuc cassé. Bon, soyons rassurants… nous reprenons la même route, et cette fois le village est envahi d’une sorte de brume, ce qui rend le spectacle encore plus saisissant. Nous y abandonnons un des mousses, sommes presque rentrés dans un autre bateau, mais le voyage se termine bien, et nos deux motards sont bien là, c’est déjà ça ! Cette fois je profite à fond de la balade dans le sable, à part qu’on n’a pas de casques, et que j’ai jambes et bras nus, l’adrénaline l’emporte sur l’aspect casse-cou. Arrivés au tuc-tuc, celui-ci est réparé nous dit on, et c’est reparti… merci, merci !! En fait, le bruit du moteur est bien bizarre, et on cale deux fois avant de nous arrêter devant un « garage » villageois. « Tu as peur ? me demande Gaëtan avec un sourire et une voie joyeuse pour ne pas laisser transparaître quoique ce soit aux autres. « Ca va, un peu quand même… il fait nuit là, je ne sais pas trop comment on va rentrer, mais ca va ». Heureusement, c’est vite bricolé et nous repartons enfin, les yeux plein d’étoiles sur ce que nous venons de vivre. C’était vraiment fou, et tellement romantique… Cette fois nous sommes vraiment épuisés, nous dînerons quand même à l’hôtel – décidemment, ca devient une habitude – et croisons… un collègue de Gaëtan » avec son amie. Ils ont l’air vachement sympa, je me réjouis de les revoir à Singapour !
Lundi matin, nous avions le réveil à 8h… mais devinez qui s’amuse dans le champ d’à côté dès 5h ??? Un coq, non d’une pipe, un coq !!! aggghh, j’aime beaucoup ce pays, vraiment, mais c’est le détail qui tue : un conseil, munissez vous de boules-kiess si vous vous y rendez ! Le petit-déjeuner est copieux, délicieux même… il faut juste s’armer de patience jusqu’à ce que l’on reçoive tout. Mais on est en vacances, non ? Ah, oui, sauf que le guide est prévu pour 9h déjà… ok, ok, on se dépêche. Nous faisons connaissance avec lui, il semble un peu plus âgé que celui de Phnom Penh, moins bavard aussi, et surtout il faut s’accrocher pour le comprendre. C’est une entreprise privée qui gère le site d’Angkor Wat. Elle appartient à un membre du gouvernement comme on l’apprendra plus tard - le pass pour nos trois jours vaut 40 USD par personne. Notre tuc-tuc traverse à présent une longue allée d’arbres, plus majestueux, les uns que les autres ; pour arriver devant l’entrée sud de l’enceinte du parc. De chaque côté de la chaussée, de nombreux géants de pierre, sereins d'un côté, démoniaques de l'autre, soutiennent et tirent à la fois un serpent Naga à sept têtes. Au dessus de la porte d’entrée, quatre visages énigmatiques ; chacun tourné vers l’un des point cardinaux. Le chemin mène tout droit au magnifique spectacle qu’offre l Temple d’Angkor Wat, encerclé par une vaste étendue d’eau. Il n’est que 9h30, mais de nombreux touristes sont déjà à l’assaut. Nous commençons par une ballade en éléphant autour du Bayon, puis partons à la découverte de quelques premiers temples. Il fait autour de 30° au soleil, ce n’est pas facile de toujours trouver un coin d’ombre quand notre guide s’arrête pour des explications. Les bas-reliefs relatent l’histoire de la civilisation khmère, et autour de chaque vestige de porte, des symboles bouddhistes et divinités indous. Après toute une matinée à marcher entre les ruines, notre guide nous propose une halte devant Angor Wat et nous emmène déjeuner dans un restaurant khmer. Malgré notre méfiance, nous n’osons pas le contredire et le suivons, un peu trop confiants, surtout depuis la vue d’autres touristes. Le chauffeur du tuc-tuc nous rejoint, mais tous deux s’attablent un peu plus loin. Au menu, du riz frit avec des légumes, des pommes frites bien trop grasses et des pancakes à la banane – probablement l’erreur fatale. Une vielle dame dont la consistance fait vraiment pitié se promène entre les tables en mendiant quelques miettes. J’en ai le cœur serré. Pour me rendre aux toilettes, je dois traverser la « cuisine »… aucune règle ne semble respectée ici, je commence sérieusement à me faire du souci. D’autant plus qu’on a mangé des œufs avec les pancakes. Serait- ce la chaleur ou la nourriture elle-même (c’est vrai qu’on n’a pas mangé très léger, mais pas non plus de grosses quantités), nous nous sentons le ventre de plus en plus lourd en reprenant la ballade. Angkor Wat à présent, le plus impressionnant de tous. La visite est longue et épuisante, malgré les quelques pauses. Nous prenons des photos tour à tour, mais il est pourtant difficile de rendre la majestuosité et les perspectives de ce site avec la deuxième dimension. Il faut l’avoir vu pour comprendre. Après cette longue balade, il est encore prévu que nous montions sur la colline du Phnom Bakheng, pour admirer le coucher de soleil, mais nous seuls, le guide préfère rester discuter en bas – moins par soucis de nous laisser en amoureux que par celui d’éviter la fatigue de cette montée en pleine chaleur. Vous parlez d’un moment en amoureux, c’est un véritable fléau qui assaille le chemin. Finalement nous escaladons le tout, même le temple pour admirer la vue sur Siem Reap et les environs – c’est vrai que c’est très beau – et préférons entamer la descente avant le coucher, pour éviter les « embouteillages ». Nous rentrons ensuite à l’hôtel, discutons avec Sasha et Ines avant qu’ils ne prennent l’avion, et prévoyons quelques moments de repos avant le dîner de Noël de l’hôtel. On se sent toujours assez lourds en fait, et au moment de me lever, je découvre une allergie sur les bras. Petit moment de panique, mais on est bientôt rassurés par les gens de l’hôtel… probablement la nourriture près des temples. Il va nous entendre, notre guide !!! « Quoi ? Papa Noël a déjà passé ? » S’exclame un petit bonhomme en arrivant à table, tout déçu que sa maman ne l’ait pas habillé plus vite. Les grands frères et le papa sourient, complices. Et tout le monde, nous y-compris, dîne au son des chansons de Noël. Mes parents appellent, quel plaisir de les entendre, et il y aurait tellement à raconter, mais oui, oui, on va tout décrire sur le blog.
Le 25, deuxième journée de temples. Le guide fait la sourde oreille quand nous lui parlons de cette allergie… « Quel fourbe », je pense bien fort. Aujourd’hui nous allons plus loin et avons réservé une voiture. Nous partons d’abord découvrir la fabrication des morceaux de sucre de canne. Intéressant, mais nous refusons à présent de goûter quoi que ce soit. Après quelques visites en pleine chaleur, nous insistons pour être ramenés en ville pour le déjeuner. Le Grand Café, recommandé par Sasha et Ines, a des allures de restaurant colonial. Nous déjeunons léger cette fois, faisons un petit tour au marché central et repartons en visite. C’est là que nous découvrons les plus fameux temples envahis par la nature, et c’est bien plus impressionnant qu’en photo ! Le soir nous rentrons par un autre chemin qui nous fait découvrir le petit aéroport international. La princesse de Thaïlande arrive justement, et l’on voit des hélicoptères militaires se poser tour à tour sur le tarmac. Après un petit plongeon, nous repartons en ville pour voir le marché de nuit et dîner dans un autre restaurant du même style que celui de midi. Ces rues-là sont pleines de touristes, on peut vraiment dire qu’on s’y sent en sécurité. Le soir nous arrivons tous deux à parler à nos familles, Joyeux Noël !
Dernière journée ici, à vrai dire, nous commençons à en avoir un peu marre de grimper partout, mais c’est vrai qu’ils sont tous différents et qu’on n’y reviendra peut-être jamais. Encore quelques photos et nous rentrons en ville déjeuner au Café Malraux, qui a ouvert il y a deux mois. C’est très sympathique et bien décoré, les proportions généreuses, et une fois de plus on a eu les yeux plus gros que le ventre ;-) Découverte des « Artisans d’Angkor », une organisation qui apprend des métiers aux jeunes, et qui s’autofinance grâce au tourisme : des statues en pierre ou en bois, de la peinture sur soie, des tissus en soie, de la poterie, des boîtes en feuilles de palmier tressées… la boutique est très belle, on en prendrait bien plus ! Nous demandons au guide de nous emmener dans une pagode un peu plus typique, puis faisons un dernier tour au marché central avant de plonger dans la piscine, écrire quelques cartes postales puis dîner sur place.
Jeudi matin il fait encore nuit quand nous nous levons pour rentrer et nous décollons un peu fatigués mais heureux d’avoir vu un bout de cette Asie plus typique et dont nous avions tellement rêvé. La misère est encore très présente ici, cela fait beaucoup de peine et je ne peux m’empêcher de comparer la situation avec l’Etat de Singapour qui semble en faire tant pour ses habitants, surtout au niveau des logements. Mais malgré cela, les gens sont pour la plupart si aimables et souriants, qu’on n’a pas l’impression qu’ils sont sortis de ce génocide il y a moins de trente ans.
Seulement… vers 5h du matin, un coq se met à chanter, comme si rien n’allait l’arrêter, et dès 7h, le personnel s’active pour ranger remettre la pièce d’en haut en l’état. « C’est fini, oui ?? » Ils déménagent les meubles d’un bout à l’autre de la pièce, parlent entre eux, et leur ménage dure près d’une heure, soit jusqu’à ce qu’on décide de se lever… « Vous avez bien dormi ? – « C'est-à-dire que… ». Et notre guide alors, quand vient-il ? On dirait que le mot « guide » est étranger de leur vocabulaire, tellement ils nous font des yeux ronds à l’écoute de ce mot. « Allons, bon, on ne vous a pas mis au courant ? Puis-je parler au propriétaire ? » Il est espagnol, on arrivera mieux à se comprendre. Soit disant, nous n’avions pas réservé, mais pas de soucis, ils vont faire le nécessaire pour nous en avoir un dans une demi-heure. Au passage je me renseigne sur les prix de tuc-tucs et comprend ainsi que nous nous sommes bien fait avoir la veille. Le temps qui reste nous laisse le temps de finir tranquillement le petit déjeuner et de nous préparer. Voici enfin notre guide, Tek, nous négocions notre moyen de transport et partons direction le musée du Génocide. C’est une ancienne école qui a servi de lieu de détention et de torture. A l’entrée des mendiants nous abordent, ils ont au moins un membre en moins, quand ce n’est pas la figure complètement détruite par l’explosion d’une mine. Cela vous retourne l’estomac, il faut dire que la télévision blinde un peu contre ces horreurs à force d’en montrer autant, mais quand on les voit en vrai devant soi, c’est autre chose. On commence à imaginer les atrocités de ce régime, qui a ravagé le pays il y a moins de 30 ans. Le guide nous emmène dans la cour et nous fait asseoir sur un banc ombragé pendant que lui commence à nous raconter cette partie de l’Histoire du Cambodge à travers son vécu : l’évacuation de la ville, la déportation à plus de 200km de la capitale, tout ça à pied et en plein soleil (46°C en avril), les enfants épuisés qui pleurent, les fusillades sur ceux qui ne peuvent plus avancer ou refusent d’obéir, la séparation des membres de sa famille, puis les travaux forcés et la faim. Malgré le temps qui a passé depuis, et le nombre de fois qu’il a dû raconter cette histoire, il me semble qu’à certains moments sa gorge se serre encore, notamment quand il parle de sa famille : le regard de son père quand il doit quitter la famille, le jour où il revoit sa sœur sans pouvoir lui parler, quand sa mère meurt… terrible, surtout quand on pense qu’il a exactement l’âge de mes parents, et que ça continuent ailleurs dans le monde. La visite des lieux avec ses instruments de tortures, photos et images relatant les supplices se fait ensuite dans un quasi silence.
La suite c’est le marché « russe », qui n’a aucun produit russe contrairement à ce que son nom laisserait entendre. Le guide voulait nous laisser faire nos achats tranquilles, mais pas question : son aide nous sera bien trop précieuse dans ce labyrinthe ! On y ramènera une cravate à éléphants pour seulement 3USD et un éventail à 1 USD, mais sinon c’est un peu comme à Singapour : trop de choix tue le choix. Pour déjeuner, nous tenions à essayer « Friends », un restaurant qui héberge et forme des enfants des rues aux métiers de la restauration. Il parait que la cuisine est adaptée aux nécessités des touristes : soit glaçons et lavage des fruits et légumes à l’eau minérale notamment. Nous nous reposons sur une agréable terrasse et discutons avec notre voisin, un jeune français travaillant pour Accenture et venu enseigner pendant deux semaines les rudiments d’un bon CV et les secrets d’un entretien d’embauche réussi aux jeunes cambodgiens de la capitale. Aujourd’hui il a congé et visite comme nous. Direction ensuite le musée national, dans lequel notre guide n’a pas le droit de nous accompagner. C’est bon à savoir !!! Nous y découvrons bon nombre de statues, dont certaines viennent du site d’Angkor. Puis c’est la visite des bâtiments officiels qui composent l’ensemble du Palais Royal. C’est très beau et impressionnant. Le roi est probablement dans l’enceinte également, et il paraît que s’il désire se promener dans son parc, il fait évacuer les lieux immédiatement et sans explications. Heureusement que l’envie ne le prend pas ce jour là ! La Pagode est le lieu de recueillement des cambodgiens bouddhistes, ici il y en a une dont le sol est entièrement recouvert d’argent. Du moins d’après les dires, car les nombreux tapis qui servent à protéger ce matériel laissent à peine entrevoir certaines dalles. Nous terminons la visite guidée par la visite d’un lieu sacré non loin de là : le Wat Phnom. Au pied de cette colline se trouve une horloge fleurie, un peu plus grande, mais « évidemment » pas aussi belle que « la nôtre ». Des singes envahissent le parc, et nous prenons un peu le temps de les observer. C’est fou ce qu’ils ressemblent à des êtres humains. Les petits sont très coquins, et il faut vraiment se méfier de ces voleurs paraît-il. De retour à l’hôtel, nous décidons de dîner là encore, cette fois à l’étage. Je vérifie la confirmation de notre voiture avec chauffeur pour le lendemain, qui doit nous transférer à Siem Reap. Ca a l’air compliqué, mais on m’assure que tout est organisé. Quelques instants plus tard, on frappe à la porte, celui à qui j’ai parlé avant au téléphone, et qui avait répondu « yes, yes » quand je lui avais demandé s’il était notre chauffeur, se présente à nous pour être payé d’avance. Il nous explique qu’il a déjà dû débourser les 75USD, car soit disant en ces périodes de fêtes, il est difficile de trouver quelqu’un. Ca sonne très louche tout ça… je lui redemande des explications, bien prête à ne pas céder. Et effectivement je tiens ferme, on payera avec la facture de l’hôtel comme convenu initialement. Après le repas, Gaëtan demande à voir la facture totale, et annonce le payement pour le lendemain vu qu’il faudra encore rajouter le petit-déjeuner. Pour vérification, nous parlons de payement visa. En effet, nous avons demandé ce matin au propriétaire s’il était possible de payer par carte et celui-ci a répondu par l’affirmative. Ce mot non plus ils n’ont pas l’air de le connaître ici, tout comme « guide ». Ca commence à m’énerver ! Désolés les amis, vous nous auriez dit plus tôt, on se serait arrangés. Ah, il n’y a pas de terminal à cartes ici ? Tant pis pour vous, on veut bien se déplacer à un autre Boddhie Tree, mais on payera par carte, ça c’est sûr ! Le jeune homme nous assure qu’il laissera la facture et les instructions à son collègue. On n’y croit pas trop, mais bon. La chaleur était étouffante aujourd’hui, nous sommes déjà bien fatigués et demain nous avons plus de 300km en voiture… une bonne nuit fera l’affaire !
Sauf que nous avions oublié ce cher coq et que le remue-ménage à l’étage dès 7h n’est pas moindre que la veille, décidemment… bon, allons petit-déjeuner, il y aura sûrement des complications avec la facture et le chauffeur. Effectivement le jeune-homme n’est soit disant pas au courant d’un payement par carte, et surtout son collègue ne lui a pas laissé de facture. Il faut qu’il la fasse à la main. Il insiste pour un payement en espèces et semble fuir la discussion, c’est un peu pénible à la longue. Mais on y parvient… sauf qu’il manque la moitié des frais sur la facture. Je tourne les feuilles de son cahier avec lui et lui montre le reste des choses à mettre… puis c’est parti, le chauffeur lui était là, et semble très gentil. Direction l’autre « guesthouse » pour le payement donc. Il manque toujours quelque chose : le petit déjeuner de ce matin. « Merci de nous le faire remarquer, c’est cadeau pour vous ». Ah… ca c’est mieux ;-) En me retournant, j’aperçois le garçon de l’hôtel qui semble payer notre chauffeur… décidemment ces bobards !!! La route est longue, mais bien plus confortable pour nous que pour la plupart des voyageurs, souvent en motos ou entassés sur des 4x4 et camionnettes, en plein soleil. La route, goudronnée mais assez bosseuse, est bordée d’habitations en tôle avec points de ventes, ou de vendeurs ambulants. Quelle pauvreté ici aussi ; quelle chance nous avons. Les rideaux de nos fenêtres nous protègeraient-il des curieux, ou nous garderaient il de la réalité ? Le voyage passe assez vite finalement, et au fur et à mesure que nous avançons, les maisons sont en bois recouvertes de toits de chaume, puis en toit dur, certaines même avec des fenêtres et finalement certaines avec un premier étage en brique. Beaucoup sont sur pilotis, c’est la première fois que je vois ça ! Dès l’entrée de Siem Reap, nous constatons que cette ville doit beaucoup au tourisme. Ici il y a des espaces verts au centre-ville, les bâtiments sont mieux entretenus – et il y a surtout de très nombreux hôtels imposants. Le nôtre est à l’opposé, soit à 5 minutes du petit aéroport et en face de l’hôpital international (c’est rassurant !!!), on dirait un petit havre de paix. Derrière les enceintes, quelques petites maisons à deux étages entourent une piscine. Il s’agit d’un « boutique-hôtel » de 12 chambres. L’accueil est chaleureux, l’accent fort et on les comprend à peine. Notre chambre n’est pas prête, allons déjeuner au bord de la piscine. Entrecôte Maître d’Hôtel avec pommes frites maison et jus de fruits… pas besoin de vous en dire plus… La chambre est très belle, au deuxième étage, on se change vite pour profiter du reste de la journée. Gaëtan nous organise une petite excursion, je n’écoute pas vraiment à vrai dire, il y a une histoire de crocodiles… « Oui, oui, tout me va ». Et c’est parti en tuc-tuc, apparemment c’est assez loin. Nous retraversons la ville en sens inverse, la route continue sur quelques km, puis nous empruntons une piste au bord de laquelle il y a de nouveau des habitations locales. Un car de touristes me rassure inconsciemment… mais nous nous éloignons de plus en plus. Soudain on s’arrête, le moteur a un problème, il faudra continuer en moto… très vite deux motards arrivent, ils ne parlent pas anglais, mais notre chauffeur a l’air rassurant. Oh, et puis chouette en moto c’est même plus drôle. Pourtant le chemin commence à être un peu long à mon goût ; en fait je ne profite pas vraiment de la balade qui ressemble plus à du motocross qu’autre chose. En effet, c’est quand même un peu louche cette histoire de tuc-tuc en panne, avec les motos qui étaient à disposition si rapidement (moins de 5 minutes dans un endroit un peu perdu), et puis j’ai les crocodiles en tête, et qui dit crocodile dit étendue d’eau, or la mini rivière que nous longions a disparu à présent, et je ne vois rien à l’horizon. La moto de Gaëtan s’éloigne devant. Je me dis que si je crie il ne m’entendra probablement pas avec le bruit des moteurs. De son côté, il n’est pas tellement plus rassuré non plus… Après bien 30 à 40 minutes, nous arrivons pourtant au bord d’un courant d’eau, au bord duquel sont attachés quelques bateaux vétustes, c’est là que je commence seulement à prendre du plaisir, car je me dis qu’ils auraient des moyens bien moins coûteux de nous enlever, et ca commence à ressembler à ce que j’avais en tête. Gaëtan regarde d’un moins bon œil ces embarcations. C’est vrai qu’elles sont vielles, qu’il s’agit de montages locaux : le moteur qui a dû servir à bien d’autres choses avant, le volant de camion avec son fil métallique relié au safran en lieu et place d’un gouvernail… et les sièges simplement posés sous la toiture. Les gilets de sauvetage à chaque dossier se veulent rassurants mais me font presque un peu rire. Assise à côté de Gaëtan, nous partons accompagnés de nos deux mousses et de deux passagers locaux. Car en fait, ces deux derniers se rendent à leur village… et c’est là, la surprise ! Quelques 10 minutes plus tard, la fin d’un tournant découvre un spectacle inattendu : un véritable village flottant avec des habitants qui s’arrêtent dans leurs tâches pour nous observer et nous saluer. On est bouche- bée devant ce spectacle, même si les conditions de vie sont rudimentaires, le village a beaucoup de charme et les gens ont l’air si gentils… Nous débarquons nos accompagnateurs, et c’est parti pour le lac cette fois, une étendue d’eau à perte de vue, avec à peine quelques modestes embarcations en plus de deux autres bateaux à touristes comme le nôtre. Le coucher de soleil est imminent, nous faisons quelques photos et nos deux mousses se font aussi discrets que possible. Qu’ils sont chou… « Mais, au fait chouchou, tu penses que ça pendra combien de temps jusqu’à ce qu’il fasse complètement nuit ??? Let’s go !!! – Non, regarde, il y a la pleine lune, ne sois pas trop stressé, je pense qu’il ne fera pas nuit avant une bonne heure, et il ne fera pas si sombre que ça ». Mais c’est vrai que ce n’est pas si rassurant de nous savoir si loin de l’hôtel, dans un endroit perdu et de surcroit avec un tuc-tuc cassé. Bon, soyons rassurants… nous reprenons la même route, et cette fois le village est envahi d’une sorte de brume, ce qui rend le spectacle encore plus saisissant. Nous y abandonnons un des mousses, sommes presque rentrés dans un autre bateau, mais le voyage se termine bien, et nos deux motards sont bien là, c’est déjà ça ! Cette fois je profite à fond de la balade dans le sable, à part qu’on n’a pas de casques, et que j’ai jambes et bras nus, l’adrénaline l’emporte sur l’aspect casse-cou. Arrivés au tuc-tuc, celui-ci est réparé nous dit on, et c’est reparti… merci, merci !! En fait, le bruit du moteur est bien bizarre, et on cale deux fois avant de nous arrêter devant un « garage » villageois. « Tu as peur ? me demande Gaëtan avec un sourire et une voie joyeuse pour ne pas laisser transparaître quoique ce soit aux autres. « Ca va, un peu quand même… il fait nuit là, je ne sais pas trop comment on va rentrer, mais ca va ». Heureusement, c’est vite bricolé et nous repartons enfin, les yeux plein d’étoiles sur ce que nous venons de vivre. C’était vraiment fou, et tellement romantique… Cette fois nous sommes vraiment épuisés, nous dînerons quand même à l’hôtel – décidemment, ca devient une habitude – et croisons… un collègue de Gaëtan » avec son amie. Ils ont l’air vachement sympa, je me réjouis de les revoir à Singapour !
Lundi matin, nous avions le réveil à 8h… mais devinez qui s’amuse dans le champ d’à côté dès 5h ??? Un coq, non d’une pipe, un coq !!! aggghh, j’aime beaucoup ce pays, vraiment, mais c’est le détail qui tue : un conseil, munissez vous de boules-kiess si vous vous y rendez ! Le petit-déjeuner est copieux, délicieux même… il faut juste s’armer de patience jusqu’à ce que l’on reçoive tout. Mais on est en vacances, non ? Ah, oui, sauf que le guide est prévu pour 9h déjà… ok, ok, on se dépêche. Nous faisons connaissance avec lui, il semble un peu plus âgé que celui de Phnom Penh, moins bavard aussi, et surtout il faut s’accrocher pour le comprendre. C’est une entreprise privée qui gère le site d’Angkor Wat. Elle appartient à un membre du gouvernement comme on l’apprendra plus tard - le pass pour nos trois jours vaut 40 USD par personne. Notre tuc-tuc traverse à présent une longue allée d’arbres, plus majestueux, les uns que les autres ; pour arriver devant l’entrée sud de l’enceinte du parc. De chaque côté de la chaussée, de nombreux géants de pierre, sereins d'un côté, démoniaques de l'autre, soutiennent et tirent à la fois un serpent Naga à sept têtes. Au dessus de la porte d’entrée, quatre visages énigmatiques ; chacun tourné vers l’un des point cardinaux. Le chemin mène tout droit au magnifique spectacle qu’offre l Temple d’Angkor Wat, encerclé par une vaste étendue d’eau. Il n’est que 9h30, mais de nombreux touristes sont déjà à l’assaut. Nous commençons par une ballade en éléphant autour du Bayon, puis partons à la découverte de quelques premiers temples. Il fait autour de 30° au soleil, ce n’est pas facile de toujours trouver un coin d’ombre quand notre guide s’arrête pour des explications. Les bas-reliefs relatent l’histoire de la civilisation khmère, et autour de chaque vestige de porte, des symboles bouddhistes et divinités indous. Après toute une matinée à marcher entre les ruines, notre guide nous propose une halte devant Angor Wat et nous emmène déjeuner dans un restaurant khmer. Malgré notre méfiance, nous n’osons pas le contredire et le suivons, un peu trop confiants, surtout depuis la vue d’autres touristes. Le chauffeur du tuc-tuc nous rejoint, mais tous deux s’attablent un peu plus loin. Au menu, du riz frit avec des légumes, des pommes frites bien trop grasses et des pancakes à la banane – probablement l’erreur fatale. Une vielle dame dont la consistance fait vraiment pitié se promène entre les tables en mendiant quelques miettes. J’en ai le cœur serré. Pour me rendre aux toilettes, je dois traverser la « cuisine »… aucune règle ne semble respectée ici, je commence sérieusement à me faire du souci. D’autant plus qu’on a mangé des œufs avec les pancakes. Serait- ce la chaleur ou la nourriture elle-même (c’est vrai qu’on n’a pas mangé très léger, mais pas non plus de grosses quantités), nous nous sentons le ventre de plus en plus lourd en reprenant la ballade. Angkor Wat à présent, le plus impressionnant de tous. La visite est longue et épuisante, malgré les quelques pauses. Nous prenons des photos tour à tour, mais il est pourtant difficile de rendre la majestuosité et les perspectives de ce site avec la deuxième dimension. Il faut l’avoir vu pour comprendre. Après cette longue balade, il est encore prévu que nous montions sur la colline du Phnom Bakheng, pour admirer le coucher de soleil, mais nous seuls, le guide préfère rester discuter en bas – moins par soucis de nous laisser en amoureux que par celui d’éviter la fatigue de cette montée en pleine chaleur. Vous parlez d’un moment en amoureux, c’est un véritable fléau qui assaille le chemin. Finalement nous escaladons le tout, même le temple pour admirer la vue sur Siem Reap et les environs – c’est vrai que c’est très beau – et préférons entamer la descente avant le coucher, pour éviter les « embouteillages ». Nous rentrons ensuite à l’hôtel, discutons avec Sasha et Ines avant qu’ils ne prennent l’avion, et prévoyons quelques moments de repos avant le dîner de Noël de l’hôtel. On se sent toujours assez lourds en fait, et au moment de me lever, je découvre une allergie sur les bras. Petit moment de panique, mais on est bientôt rassurés par les gens de l’hôtel… probablement la nourriture près des temples. Il va nous entendre, notre guide !!! « Quoi ? Papa Noël a déjà passé ? » S’exclame un petit bonhomme en arrivant à table, tout déçu que sa maman ne l’ait pas habillé plus vite. Les grands frères et le papa sourient, complices. Et tout le monde, nous y-compris, dîne au son des chansons de Noël. Mes parents appellent, quel plaisir de les entendre, et il y aurait tellement à raconter, mais oui, oui, on va tout décrire sur le blog.
Le 25, deuxième journée de temples. Le guide fait la sourde oreille quand nous lui parlons de cette allergie… « Quel fourbe », je pense bien fort. Aujourd’hui nous allons plus loin et avons réservé une voiture. Nous partons d’abord découvrir la fabrication des morceaux de sucre de canne. Intéressant, mais nous refusons à présent de goûter quoi que ce soit. Après quelques visites en pleine chaleur, nous insistons pour être ramenés en ville pour le déjeuner. Le Grand Café, recommandé par Sasha et Ines, a des allures de restaurant colonial. Nous déjeunons léger cette fois, faisons un petit tour au marché central et repartons en visite. C’est là que nous découvrons les plus fameux temples envahis par la nature, et c’est bien plus impressionnant qu’en photo ! Le soir nous rentrons par un autre chemin qui nous fait découvrir le petit aéroport international. La princesse de Thaïlande arrive justement, et l’on voit des hélicoptères militaires se poser tour à tour sur le tarmac. Après un petit plongeon, nous repartons en ville pour voir le marché de nuit et dîner dans un autre restaurant du même style que celui de midi. Ces rues-là sont pleines de touristes, on peut vraiment dire qu’on s’y sent en sécurité. Le soir nous arrivons tous deux à parler à nos familles, Joyeux Noël !
Dernière journée ici, à vrai dire, nous commençons à en avoir un peu marre de grimper partout, mais c’est vrai qu’ils sont tous différents et qu’on n’y reviendra peut-être jamais. Encore quelques photos et nous rentrons en ville déjeuner au Café Malraux, qui a ouvert il y a deux mois. C’est très sympathique et bien décoré, les proportions généreuses, et une fois de plus on a eu les yeux plus gros que le ventre ;-) Découverte des « Artisans d’Angkor », une organisation qui apprend des métiers aux jeunes, et qui s’autofinance grâce au tourisme : des statues en pierre ou en bois, de la peinture sur soie, des tissus en soie, de la poterie, des boîtes en feuilles de palmier tressées… la boutique est très belle, on en prendrait bien plus ! Nous demandons au guide de nous emmener dans une pagode un peu plus typique, puis faisons un dernier tour au marché central avant de plonger dans la piscine, écrire quelques cartes postales puis dîner sur place.
Jeudi matin il fait encore nuit quand nous nous levons pour rentrer et nous décollons un peu fatigués mais heureux d’avoir vu un bout de cette Asie plus typique et dont nous avions tellement rêvé. La misère est encore très présente ici, cela fait beaucoup de peine et je ne peux m’empêcher de comparer la situation avec l’Etat de Singapour qui semble en faire tant pour ses habitants, surtout au niveau des logements. Mais malgré cela, les gens sont pour la plupart si aimables et souriants, qu’on n’a pas l’impression qu’ils sont sortis de ce génocide il y a moins de trente ans.
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