samedi 31 mai 2008

Le nord du Vietnam

Je peux me tromper, mais je jurerais que Céline et Augustin étaient restés endormis dimanche matin, heureusement que j’avais mis le réveil une demi-heure avant… Gaëtan émerge quelques minutes plus tard, et n’a pas l’air plus réveillé. « Pas le temps de prendre de petit-déj, mais une tartine pour la route vous ferrait-elle plaisir ? » Bon, les voilà partis… c’était vraiment chouette avec eux ! A nous deux maintenant. Quelques mails à rattraper (pendant que Gaëtan s’amuse avec sa Nintendo), des courses pour le voyage, quelques « trucs » à repasser et les valises… le temps passe vite. Juste avant le départ, je reçois encore un téléphone de ma grand-maman d’Hambourg, toujours fidèle au rendez-vous dominical. J’avoue que j’ai quelques minutes de retard, mais ca y est, on est dans le taxi… et de toute façon Gaëtan a prévu d’arriver à l’avance au Budget Terminal ;-) Après 3h10 à bord de Tiger Airways, nous voici arrivés à Hanoï. L’aéroport semble petit et un tant soit peu lugubre avec son éclairage jaune. Peu de monde à l’accueil, des douaniers qui ne parlent visiblement pas ou peu d’anglais. Mais le bagage est là, et après quelques minutes nous apercevons notre guide. Viet est un jeune de 32 ans, le typique homme de lettres d’après ses lunettes et un peu timide. Il a le sourire aux lèvres et nous reçoit avec un très bon français. « Ca va vous ? » nous lance notre chauffeur, qui ne parle qu’anglais à part cette phrase qu’il nous répétera sans exception à chaque fois qu’il nous ouvrira la portière. « Ca va bien, merci et vous ? » répondons-nous en cœur en échangeant un sourire. La route est longue, une heure jusqu’au quartier historique… quand soudain, sur l’autoroute même toutes les lumières s’éteignent. « Pahh » Une pane de courant ?!! Non, non « juste » une coupure, parce que le Vietnam n’arrive pas à couvrir les besoins de tout le pays, alors comme ca chacun leur tour les quartiers subissent des coupures de douze heures. Nos regards se recroisent à nouveau, un peu moins rieurs cette fois. Arrivés à l’hôtel Elegance 2, nous sommes accueillis en grandes pompes. Il est petit et nous avons la suite du haut… en bref nous sommes des hôtes d’honneur. La vue depuis notre petit balcon sur les toits d’Hanoï est très sympathique, et bruyante, mais ça il paraît impossible d’y échapper ici. Nous déposons rapidement les affaires, car Viet nous attend en bas pour nous conseiller un restau. Il nous explique que pour traverser, c’est « très facile », il suffit de continuer sa route sans se retourner et surtout sans altérer sa démarche. C’et un peu moins évident sur les grands boulevards que dans les petites ruelles peu fréquentées. Ici ça grouille de motos. Elles vont même en sens interdit et ne font absolument pas fi des feus rouges. La pagaille quoi, mais ça plait bien. Imaginez, Gaëtan peut jouer son rôle de gentleman, la classe ! Viet prend congé de nouis devant « Little Hanoï », un petit café touristique au Pho Bo très savoureux. Pour ma part, je sens qu’on ne va pas tarder à aller dormir et me limite à un délicieux yaourt au miel. Lors du retour, nous nous faisons évidemment aborder par des tas de chauffeurs de tuc-tucs et motos… ce n’est apparemment pas si facile de cacher que nous ne sommes pas si sûrs de notre route.

Lundi matin, 3 bonnes heures de route nous attendent en direction de la Baie d’Halong. Le voyage se passe dans un mini-bus avec d’autres couples de plusieurs nationalités anglophones. Nous sommes un peu les seuls à parler, c’est bizarre. Une petite halte a lieu dans un hangar de différents artisanats. Nous achetons un petit tableau typique qui ira de paire avec celle de notre éléphant du Cambodge. Nous longeons des champs de riz avec des paysans aux coiffes typiques ; dépassons des motos qui transportent cochons ou poules entassées. A un moment donné nous avons aperçu une ville fantôme, dont seule une maison était finie. Les autres n’avaient que la structure, soit ni peinture, ni fenêtre, ni vie. Bien sinistre tout ça. Les petites villes que nous traversons sont en bien meilleur état qu’au Cambodge, et sont le reflet de l’Asie, telle que je l’avais imaginée. Les bâtiments plus modernes et imposants sont ceux du parti. Le parti communiste bien sûr. Partout sur la route nous découvrons d’ailleurs des affiches politiques que nous ne comprenons pas, mais dont les symboles sont explicites. Après trois heures de route, nous voici enfin arrivés à destination. La ville est encore en construction, une vraie cité touristique sommeille en elle. Quant à notre embarcadère, celui de la jonque Yasmine, je m’attendais à quelque chose de plus rustique. Notre bagage est pris en charge, pendant que nous patientons dans une salle d’attente restaurant climatisée, face à la mer. La côte regorge de ces embarcations touristiques en bois, ainsi que de deux ou trois ferries. Un immense pont suspendu au loin gâche un peu le paysage. Très vite, le second du « manager » vient nous chercher pour le transfert sur la jonque qui a encré non loin. Nous sommes une dizaine de passagers, la jonque doit avoir une vingtaine de chambres… Je monte à bord la première sur le pont inferieur, on me tend une serviette rafraîchissante, comme partout ailleurs en Asie. Le bateau se balance déjà au rythme des vagues. Les murs sont en bois foncé vernis, des tableaux à l’huile dépeignant la vie quotidienne de la région ornent les murs. Une odeur d’un autre temps nous emplit les poumons, et on sent déjà qu’on va s’y plaire ! Arrivés sur le pont principal, le gérant nous accueille et nous explique les différentes excursions et animations de notre voyage de deux jours, à l’aide d’une carte. Puis c’est la distribution des clés. Nous sommes en bas, à l’avant du bateau… c'est-à-dire à un mètre du niveau de l’eau. La cabine est drôlement luxueuse, je n’ai encore jamais vécu ça sur un bateau. Nous avons même une magnifique douche avec de l’eau chaude à volonté. Rien n’est fixé comme sur autres bateaux sur lesquels j’ai été. Quelle chance ! Notre valise arrive, nous nous installons, et ressortons explorer le reste du bateau. Là, nous découvrons qu’un deuxième groupe de passagers est arrivés. Ce sera un peu moins exclusif, mais ils ont tous l’air très gentil aussi. Dans ce groupe, plusieurs petits enfants. Nous sommes un peu étonnés que les parents les ait emmenés ici, mais quelle chance bien sûr. Un son de chaînes parvient maintenant à nos oreilles, ils sont en train de remonter l’ancre. Et si nous allions voir la cabine de pilotage ? Contrairement à ce que j’avais imaginé, elle est tout à l’avant et pas si haut-perché que cela. Le capitaine nous accueille joyeusement avec un signe de sa casquette. C’est parti ! Les différents ilots défilent à présent, faisant en sorte que le paysage change constamment. J’aimerais pouvoir tout prendre en photo, une vue de 360 degrés, j’aimerais aussi que les photos rendent mieux l’espace en tant que troisième dimension. Il faut être venu pour l’avoir vu, les images ne sont aussi belles que parce qu’elles vous font évader vers votre vécu. L’heure du repas est venue, nous nous dirigeons vers la salle à manger. Au menu, plusieurs plats de spécialités de la mer se succèdent, la cuisine est digne d’un bon restaurant. Notre petite table est à côté de la fenêtre, rien ne bouge dessus grâce au rythme lent et régulier de la marche. Une fois le repas fini, nous avons à peine le temps de préparer notre sac, car nous arrivons déjà à notre première destination. Une petite île que l’on peut escalader et depuis laquelle nous pourrons nous baigner. Nous nous dépêchons de gravir les marches, ce qui n’est pas une entreprise facile sous la chaleur régnante. En haut, seules deux personnes pour l’instant, pas tous les touristes ne sont fous ! Un allemand nous propose de nous photographier à tous les points cardinaux, ca doit être la première fois que cela nous arrive, puisque d’habitude je dois quémander les photos. La descente n’est pas si facile, le genou commence à faire un peu mal et je m’appuie sur Gaëtan qui encourage les gens qui montent et se moque de certains. L’eau est assez froide, et la quantité de bateaux amarrés tout près ne donne pas très envie tout compte fait. Après quarante minutes, nous repartons vers notre jonque. Le temps de poser les affaires, de se prélasser une petite heure sur les chaises longues du pont supérieur, et nous arrivons déjà au village de pêcheurs flottant. Sitôt amarrés, une foule d’embarcations s’approchent de nous. Nous sommes dans la cabine à ce moment là, en train de préparer le sac. De petites filles avec leurs coquillages surtout, et une dame avec ses enfants qui tente de vendre des boissons ainsi que des biscuits. Elles nous ont repérés et nous font de grands signes. Nous hochons de la tête. Notre guide de Phnom Penh nous avait bien expliqué que ce n’était pas leur rendre service que de contribuer à les faire travailler. Nous sommes les premiers sur la petite embarcation qui doit nous emmener voir de près ce mode de vie. Gaëtan fait soudain une drôle de tête, et je comprends qu’il a la même gêne que moi. Aller voir ces gens de près, comme s’il s’agissaient d’animaux dans un zoo ne nous correspond pas forcément. Quelques échanges de regards et paroles, et nous sommes à l’avant de la jonque pour regarder les autres partir et profiter d’un coucher de soleil solitaire. Au fond, c’est tellement plus romantique et agréable ainsi. Pourtant, certaines petites filles sont persuadées qu’elles arriveront à nous faire acheter quelque chose. Elles nous abordent en anglais, continuent dans leur dialecte. J’ai envie de leur dire que j’admire leur façon de ramer avec les pieds, mais c’est impoossible de se faire comprendre. Même si la vie là-bas ne semble pas facile, elles semblent pourtant gaies et heureuses. Nous passons notre temps à photographier le merveilleux coucher de soleil. Le paysage me rappelle un peu le Lago Maggiore en Suisse, et je repense à notre voyage avec Caro… deux ans déjà, qu’il est loin ! Les autres remontent à bord, Gaëtan est assez fatigué et entame une petite sieste. Je rejoins le capitaine dans sa cabine pour comprendre un peu comment ça marche et admirer la vue d’un autre point… de vue justement. Lui non plus ne parle presque pas un mot d’anglais. Difficile de se comprendre. Ok, il y a deux moteurs et quatre manettes, dont deux servent à donner la puissance aux moteurs et les deux autres commandent le sens des hélices (soit si l’on veut avancer ou reculer). Nous glissons sur l’eau à la vitesse très modeste de cinq nœuds, le radars à droite indique ce qu’il y a sous l’eau, et la profondeur de cette immense jonque ne fait que 2,7 mètres sous le niveau de la mer. J’aurais dit bien plus. Après ces quelques échanges, il me propose de prendre les commandes… enfin, le gouvernail tout juste, car c’est lui qui passe les ordres. Il me passe sa casquette, et c’est parti. Wow, la classe, jamais je n’aurais imaginé pouvoir faire ça. Quand, en plus, le décor est aussi impressionnant, on se sent maître du monde. La nuit tombe, il enclenche les feux. La petite indienne qui discutait avec un américain me lance des regards complices. Je crois qu’elle a compris à quelle point j’avais du plaisir. Bientôt, le manager nous rejoint. Ah, tant mieux, je vais enfin pouvoir communiquer avec le capitaine. Je sens bien que j’en demande un peu trop, et comme il marque des poses à chaque fois, je lui rappelle poliment « Could you translate, please ? ». C’est ainsi que j’en apprends un peu plus sur ce capitaine, et que j’échange quelques souvenirs de mes expériences à bord de bateaux. Puis, comme je sens que l’autre a envie de se mettre en valeur – c’est un sacré numéro celui-là, d’ailleurs, très maniéré et qui essaye de se donner un genre – je lui pose quelques questions à lui aussi. Il n’a que trente deux ans, et le propriétaire de la compagnie que dix de plus. C’est un privé et non pas l’Etat, comme Gaëtan et moi avions pensé. Gaëtan nous rejoint à ce moment là, alors que nous ancrons dans une petite crique, non loin des autres jonques de la compagnie. Le dîner sera bientôt servi, et il faut encore nous changer. La salle à manger aussi s’est vêtue de ses plus beaux atours, car même les chaises sont recouvertes de tissus. Le dîner, heureusement plus léger, n’en est pas moins meilleur. Et nous dînons ainsi au son des vagues… Après un petit tour sur le ponton, nous nous réinstallons dans la salle à manger transformée en « home cinéma » pour visionner « Indochine », un film en français (chouette !) avec Catherine Deneuve, qui a en partie été tourné sur cette baie justement. A la fin seules la petite indienne et sa grand-maman nous tiennent compagnie, il faut dire qu’il est déjà passé minuit quand il se termine.

Mardi matin, l’ancre est levée à 6h45 et notre cabine étant située à l’avant, inutile de dire que cela nous a forcément réveillés pour de bon. Petite leçon de Tai Chi sur le ponton ? Euh, non merci, plutôt café pour moi, et dodo pour Gaëtan. Il me rejoint tout juste avant huit heures, pour l’excursion dans la grotte de la Surprise. Il y a foule malheureusement, mais la grotte est immense. Il paraît que des pêcheurs y habitaient, avant qu’elle ne devienne publique. La visite est longue, et la grotte sans fin. Pas de peintures ici, mais des tas de stalactiques aux formes évocatrices. Sur la fin de la visite, nous entamons la conversation avec un très sympathique couple américain. Et à la sortie, la grand-maman indienne qui est venue sans sa famille pose aussi avec nous pour la photo souvenir. C’est fou ce que les touristes de cette jonque sont sympathiques ! De retour à bord, un très copieux brunch est servi, et le couple avec qui nous venons de faire connaissance propose de rejoindre nos tables. Ils continuent leur voyage au Cambodge, nous aurons quelques conseils à leur donner. Et elle travaille pour une association en faveur des enfants cambodgiens des rues. .Je me dis que j’aimerais bien un jour faire comme elle, mais je pense qu’il doit en falloir du courage pour affronter certaines choses. On boucle nos bagages et ça y est, la croisière se termine et nous prenons congé de l’équipage avant de rejoindre la rive. Notre mini-bus est un peu en retard, mais pas de soucis. Sur le chemin nous nous arrêtons à une usine de poteries pendant que le chauffeur déjeune. Le voyage se passe sans autre, mais il est un peu long cette fois. Arrivés au même hôtel à Hanoï, nous reprenons notre chambre avant de partir en balade dans le vieux quartier. Ici aussi chaque quartier a sa spécialité et les motos grouillent de partout. Les noms des rues sont clairement indiqués, c’est déjà ça. En quête d’un petit « boui boui » comme dit Gaëtan, nous nous arrêtons finalement sur une terrasse perchée au deuxième étage d’une maison. De là, on peut observer des scènes de la vie quotidienne un peu sans être vus… sauf par l’objectif d’un autre touriste qui nous a repéré. Sur le chemin du retour, nous tombons sur un chouette restaurant franco-vietnamien, The Green Tangerin, où nous réservons une table pour le soir même. Après nous être changés, nous voici repartis pour le théâtre de marionnettes sur l’eau… et quel spectacle ! C’est absolument fascinant comme elles bougent au son d’un petit ensemble musical. Le dîner est excellent, un plaisir non seulement pour les papilles, mais aussi pour les yeux, et le cadre magnifique. Sur le chemin du retour, un jeune-homme nous aborde et essaye de nous vendre des cartes postales. Il nous suit jusqu’à l’hôtel, c’est bien la première fois qu’on se fait embêter.

Nous nous faisons tirer de nos sommeils respectifs à l’aube. Ici on vit avec le soleil, et la ville s’anime de klaxons. Allons bon, heureusement que Gaëtan a pensé à prendre les boules kiess, et c’est reparti pour un peu de « silence ». Mais nous avons le guide bientôt, vite sous la douche et au petit déjeuner. Viet nous attend dans le hall d’entrée et c’est parti avec le chauffeur pour l’ancienne capitale du Vietnam, Ninh Binh, celle d’il y a plusieurs millénaires. Il n’y a pas beaucoup de touristes par ici et les jardins des deux temples offrent une ambiance très paisible. Quelques locaux viennent prier, d’où les odeurs d’encens. Nous ne restons pas très longtemps car la route est longue jusqu’à la Baie d’Halong terrestre. Arrivés au village, nous déjeunons au deuxième étage d’un petit restaurant typique. Il fait chaud sur la terrasse, une bouteille d’eau bien fraîche est la bienvenue. Notre serveur ne se débrouille pas trop mal en français. Au menu notamment, des brochettes de viande de chèvre. Ca n’a rien de vraiment particulier, à part que je me suis quand même posé la question de savoir si c’était bien ça ou autre chose ;-) Après le déjeuner, nous marchandons une nappe cousue main avec des motifs locaux, et enfourchons les vélos loués par Viet, qui nous accompagne. C’est donc parti, un semblant d’aventure alors que des chèvres en libertés traversent la petite route devant nous. Car nous allons au débarcadère moins touristique, un peu plus loin. Quel plaisir de pédaler comme ça à l’air libre, et c’est là qu’à un tournant, un paysage extraordinaire s’offre à nous. Effectivement, c’est comme sur la baie, des rochers qui tombent à pic, mais sur des plantations de riz et non pas dans la mer. Effectivement, les paysages se ressemblent, c’est incroyable. Après un petit quart d’heure, nous arrivons à un minuscule embarcadère. Et très franchement, quand j’apprends qu’on va monter à quatre dans les minuscules barques… je me demande bien si elles ne vont pas couler sous notre poids. Bon, faisons confiance. Viet nous attendra là, encore une recommandation : les deux dames qui vont vous conduire vont vous proposer de leur acheter des produits artisanaux, mais nous n’avons aucune obligation d’achat ; pas plus que nous ne leur devons quelque chose, puisqu’il a payé nos tiquets. Mais c’est parti… l’une des dame se met à ramer, tandis que l’autre dirige et pousse… c’est comme le « punting » à Cambridge. Les paysages sont magnifiques : sur les rives, des paysans locaux s’attardent à leurs tâches quotidiennes, des poules courent dans tous les sens, une série de canards s’empresse de déguerpir loin de notre passage en hurlant. Un peu de scènes de la vie quotidienne de cette région que nous découvrons loin de tout autre touriste. Le petit circuit contourne les montagnes, et ainsi nous ne savons pas vraiment où elles nous emmènent. Tout au plus que cette promenade durera une heure et demie. A un moment, nous croisons quelques touristes français. Eux se font déjà assaillir d’objets à vendre. Les parents sont devant, les trois petits enfants derrière. La fille doit avoir huit ans et essaye un petit sac à dos qu’elle croit avoir reçu en cadeau de la dame qui lui sourit. « Mais non, t’es folle – lui crie un de ses frères pas tellement plus âgé, si tu le prends tu devras payer ! ». La situation nous fait sourire, mais nous arrivons à présent à l’entrée de la grotte. Cette fois, rien à voir avec les dimensions de l’autre que nous avions vue deux jours auparavant. Au contraire, le passage où nous arrivons à peine à passer, en baissant la tête, est terriblement étroit. Une des coéquipières allume alors une torche électrique, à présent il fait totalement sombre ! Plusieurs chauves-souris passent devant nous, et l’autre dame exerce admirablement l’art du « punting » mais s’est baissée totalement. Nous sommes trop occupés à chercher une lumière de jour signe d’espoir de sortie, et à regarder terrifiés le reflet des stalagmites dans l’eau en nous demandant quel serait bien notre sort si nous devions chavirer. Cette beauté et ce silence sont terrifiants, et même si mon cœur ne s’est pas accéléré, ce n’est que la deuxième fois que j’ai vraiment peur, ici en Asie. Tout d’un coup je pense à « Et si le soleil ne revenait pas « de Camus comme si je me demandais si j’allais le revoir moi-même – c’est tellement abandonné par ici. Mais, enfin, nous voilà à la sortie de ce tunnel après quelques minutes angoissantes. Eh puis donc ça n’allait pas manquer, sur tout le trajet du retour elles ont essayé de nous convaincre de leur acheter leurs souvenirs. Plus intéressée par notre moyen de locomotion, j’en remplace une aux rames, abandonnant ainsi Gaëtan à la merci de l’autre. Il se décide pour un naperon brodé à la main, pour sa grand-maman. A l’arrivée, Viet nous accueille et nous aide à filer. Nous ré-enfourchons nos vélos et nous voilà repartis sur les routes. Suite à une petite provocation de mon cher et tendre, je commence à pédaler très vite et les devance tous les deux, me retrouvant ainsi avec le vent dans la figure et ce sentiment de liberté que j’éprouve en allant très vite à vélo, ski ou bateau. Ajoutez le tableau de ces montagnes magnifiques et cela donne quelques instants de bonheur très pur. J’avoue que nous arrivons un peu fatigués suite à la course du dernier km, et de la chaleur écrasante, mais heureux de cette chouette expérience. Nous retrouvons, là, notre chauffeur qui nous ramène à Hanoi avant la tombée de la nuit. La route est longue et je m’endore pendant un bon bout de temps. Puis, en arrivant, Viet insiste pour nous inviter à prendre un apéritif au bord du lac de l’épée restituée. C’est un peu plus personnel ainsi, nous apprécions beaucoup le geste. Après quoi nous partons à la recherche du restaurant franco-vietnamien dont le couple new-yorkais de la jonque nous avait parlé, Le Club 51. Il est un peu plus loin du centre, vers la banque nationale. Bizarrement il n’y a pas un chat, mais le décor est magnifique, et une jeune femme joue d’un instrument local… Je sens que Gaëtan s’évade, un peu comme chaque fois que quelque chose le fait penser à son groupe de musique. Seul inconvénient, les accoudoirs des fauteuils empêchent de bien pouvoir se rapprocher de notre table, donnant ainsi une ambiance un peu formelle. Le dîner est bon, mais sans plus. Nous avons préféré celui de la veille. Nous rentrons ensuite à pied, en longeant les bords du lac. Ici on n’a vraiment pas peur la nuit, pourtant c’est si différent de Singapour. En arrivant à l’hôtel, on nous annonce qu’il y aura une coupure d’électricité à partir de six heures du matin pour toute la journée. « Flûte alors, nous aurions dû nous en douter! Mais, attendez ça veut dire quoi exactement ? » Eh bien, pas d’eau chaude, pas de lumière, pas d’ascenseur et surtout pas d’air conditionné ! Pour le café, et la lumière du corridor, l’hôtel a son propre générateur. Très honnêtement, nous savions que nous aurions dû prendre une douche le soir, mais le courage nous manque.

Le lendemain matin, nous nous réveillons par hasard à six heures moins dix et commençons à tester l’air conditionné. Mais rien ne marche déjà… Deux heures plus tard, je m’apprête à me laver les cheveux à l’eau glaciale, quand de l’eau chaude sort miraculeusement du robinet… il devait y en avoir en réserve ! Nous avalons le petit-déjeuner en quatrième vitesse, et c’est parti pour notre dernier jour à Hanoi. Nous visitons d’abord une pagode sur les rives du lac de l’Ouest, puis la maison d’Ho Chi Minh. Pour cela, nous passons devant son Mausolée. Et c’est impressionnant la foule qu’il peut y avoir sur cette immense place. Les gardes en uniformes donnent une ambiance très solennelle, cela doit un peu ressembler au Mausolée de Lenin. N’oublions pas que nous sommes en pays communiste. En fin de matinée, nous arrivons au Temple de la Littérature avant de déjeuner au Koto Café, qui comme Friends à Phnom Penh, forme des jeunes au métier de serveur. Ce n’est pas mauvais, mais qu’est-ce qu’il y fait chaud. Par la fenêtre ouverte, on entend les klaxons de la rue et on aperçoit les toits du dernier temple derrière des branches d’arbres. Encore un café et c’est parti, cette fois pour le Temple de la Littérature sur le Lac de l’Epée Restituée. Dans une boutique juste devant, nous repérons une belle peinture, mais le prix est de loin exagéré. Nous renonçons, non sans regret. Il fait chaud et nous commençons à fatiguer. Quelques minutes après, nous nous retrouvons dans un petit bui-bui – un bar à cocktails de fruits, dans lequel nous n’aurions jamais osé mettre les pieds. Imaginez un minuscule local, avec des tables et tabourets en plastique pour enfants (mais c’est partout comme cela ici), et disons que le sol n’est pas des plus propres. Ni une ni deux, Viet nous ait asseoir avant que nous ayons eu le temps de nous consulter. Et trois verres avec fruits en morceaux et lait concentré arrivent sur la table. Heureusement, la glace pilée est présentée séparément, nous n’y toucherons pas. Un peu gênés de devoir refuser, nous commençons nos rations. C’est vrai que c’est drôlement bon, même si nous pensons tomber malades par la suite. Nous aurons le ventre un peu lourd pendant deux heures, mais sans plus. On dirait qu’on s’habitue ! Pour arriver au Musée Ethnographique, nous passons devant plusieurs ambassades et sortons du centre. C’est un bâtiment très moderne et les expositions relatent les multiples ethnies de ce pays aux milles facettes. Mais nous sommes un peu sur les genoux pour véritablement en profiter. Viet nous propose un verre au café « Baguettes et Chocolat » (toujours le même principe, celui d’aider les jeunes), ceci avant de finir la visite par le jardin, qui – un peu comme à Ballenberg – comporte plusieurs reconstitutions de maisons typiques. Il a vraiment bien fait de nous emmener ici ! A la sortie, notre chauffeur et Viet complotent un peu en vietnamien, et nous déposent pas moins de trois heures à l’avance à l’aéroport !! J’ai de la peine à me contenir, mais c’est vrai que leur journée a été longue à nous balader partout. Alors « Au revoir et peut-être à bientôt, à Saigon si vous y serez au même moment que nous ! » L’attente est bien longue dans cet aéroport, les boutiques franchement pas très intéressantes et quand on pense aux trois heures dix de vol qui nous attendent… Mais nous y voilà enfin sur ce long vol, puis à la maison à deux heures du matin. Pas de repos, il faut défaire et refaire la valise, car le lendemain nous partons pour une destination surprise, la deuxième partie de mon cadeau d’anniversaire de la part de Gaëtan ! A trois heures du matin, nous voilà enfin couchés !

Aucun commentaire: